Traduction du lore du jeu


Un ambitieux mode d'emploi

Le véritable lore du jeu commence dès le manuel. Chose assez méconnue de bon nombre de gens, la génèse du monde d'Hyrule était déjà racontée dans A Link to the Past, dans sa notice, des années avant l'Arbre Mojo de Ocarina of Time. Le seul élément que ce dernier rajoute, c'est un nom propre à chaque Déesse, mais autrement tout était déjà là. Ainsi, les quelques premières pages de la notice racontent la légende d'Hyrule.

Le lore a été écrit par Yoshiaki Koizumi (小泉 歓晃), qui est crédité dans la section "Printed art work" dans le générique de fin. Selon ce qu'on entend beaucoup sur Internet (je n'ai jamais pu vérifier moi-même jusqu'ici), Miyamoto ne souhaitait pas particulièrement d'histoire alambiquée pour son Zelda 3 et voulait garder quelque chose de simple, à l'image des deux premiers Zelda, mais Koizumi ambitionnait quelque chose de plus grand et a donc écrit ces 7 pages introductives en début de manuel. Ces dernières auraient également influé sur le développement du jeu, qui effectivement bénéficie d'une séquence d'introduction relativement bavarde et qui distille les éléments de scénario à travers ces nombreux PNJ.

La couverture de la notice japonaise
Yoshiaki Koizumi qui présente un Nintendo Direct. Zelda 3 était le premier projet sur lequel il a travaillé pour Nintendo, il en a fait du chemin depuis !

Le synopsis du jeu

"Mouais, si je veux le synopsis j'ai qu'à lire le manuel..."
Pas si vite ! Les textes ci-dessous ne sont pas qu'une simple paraphrase de ce qui est écrit dans le manuel français du jeu. Elles en sont au contraire une traduction extrêmement précise et commentée du manuel original japonais. En effet, le manuel français, tout comme le manuel américain sur lequel il se base, sont bourrés de fautes de traduction, d'approximations, d'ajouts d'informations qui n'existaient pas dans la V.O. du texte.

Grâce à ma lecture et à mon analyse très poussées de ce dernier, augmentées de ma connaissance du jeu et de la série en général, j'ai pris le temps de peser littéralement chaque mot de la traduction ci-dessous, tout en laissant de nombreuses notes sur les subtilités de la langue japonaise intraduisibles qui rajoutent du contexte.

Ainsi, même si la traduction ci-dessous est plus littérale que stylisée, je corrige toutes les erreurs des traductions officielles, et je suis fier de pouvoir vous présenter le synopsis de A Link to the Past, et de manière générale le texte fondateur du lore de la série Zelda, dans une version que vous n'avez jamais vue, au plus proche de sa vision d'auteur de 1991.

Récit "L'Histoire d'Hyrule"

Afin de parler du décor de la Légende de Zelda qu'est Hyrule, il faut d'abord toucher au mythe de la Triforce. Il s'agit d'une ancienne mythologie qui persiste en Hyrule à propos d'un culte trithéiste. Autrefois, les Hyliens (qui sont également l'origine du mot "Hyrule"), le peuple le plus proche des êtres divins qui soit, ont laissé à leurs descendants d'Hyrule des écrits faisant état de la création du monde par trois déités : la "Déesse de la Puissance", la "Déesse de la Sagesse" et la "Déesse du Courage".

Ici, je vous avoue que je ne sais pas bien si c'est "le culte trithéiste" qui persiste en Hyrule, ou "l'ancienne mythologie". J'ai choisi cette dernière parce qu'elle me semblait plus logique sur le plan grammatical, mais les deux font sens.

Mythologie

Bien avant que l'humanité n'apparaisse, à une époque où le monde n'était qu'un amas de néant chaotique, les Déesses y descendirent, et, chacune usant de son pouvoir, y apportèrent ordre et vie. La "Déesse du Pouvoir" teignit les montagnes de rouge à l'aide du feu, et façonna la terre. La "Déesse de la Sagesse" créa la science et la magie, et apporta l'ordre à la nature. Enfin, la "Déesse du Courage", à partir de son coeur bon et vigoureux, créa tous les êtres vivants, de ceux rampants au sol jusqu'à ceux allant dans le ciel. Leur œuvre accomplie, les Déesses, au moment de quitter ce monde, y laissèrent la "Triforce", un corps triangulaire sacré en or qui symbolise leur pouvoir, et lui confièrent le destin de l'entièreté du monde.

Toujours selon ces écrits, la Triforce est composée de trois emblèmes : "Celui qui domine la Puissance", "Celui qui dirige la Sagesse", "Celui qui fortifie le Courage", et, dans l'attente que quelqu'un digne d'hériter de son pouvoir apparaisse, elle brille continuellement dans la Terre Sainte, qui se situe quelque part dans le monde.

Le peuple d'Hylia, qui a laissé ces écrits, était un peuple élu qui pouvait entendre la voix des Dieux. Ainsi, en plus de leurs longues oreilles, ils possédaient des sens très aiguisés, et utilisaient la magie. Leurs descendants prirent racine dans chaque région, et l'on dit qu'ils ont transmis leur magie et leurs prophéties.

Le terme japonais utilisé pour "Hyliens" est ハイリア人 (Hairia-jin, littéralement "les personnes d'Hylia"). Ce terme désigne ce peuple proche des êtres divins aux grandes oreilles (on peut dire "la race Hylienne" si vous préférez) et est souvent confondu avec "les habitants d'Hyrule" (ハイラル人 - Hairaru-jin, littéralement "les personnes d'Hyrule"), et ce même dans les traductions officielles des jeux.

Ces êtres divins, s'ils ne sont pas genrés dans le texte, sont représentés par des entités féminines dans l'une des illustrations du manuel. Visiblement, la traduction du manuel a été faite sans les images puisque la version française évoque des "dieux".

"Puissance" est le terme utilisé dans le manuel français, mais dans les futurs opus, on peut retrouver les mots "Pouvoir", et surtout "Force" qui sera utilisé à partir de Ocarina of Time. Toutes ces traductions proviennent du même kanji, 力 (chikara), qui a plusieurs sens et donc, plusieurs traductions possibles. Pour cette page, j'ai décidé de conserver le terme "Puissance" (utilisé dans le manuel français), car il désigne un pouvoir plus abstrait que le terme "Force" qui fait plus appel à une force brute, tout en étant moins général que le mot "Pouvoir".

J'ai pris un peu de liberté sur la traduction de cette expression car le terme utilisé en japonais est おさめさせました (osamesasemashita), qui signifie si l'on s'en tient à une traduction strictement littérale : "laisser régner", "faire régner". Ce qui, en français, lorsque l'on connaît le lore de la série, résulte en un non sens : la Triforce ne dicte pas les règles du monde pas plus qu'elle ne prend de décision. On est ici face à une nuance abstraite que vous ne pourrez pas trouver dans un dictionnaire, selon laquelle la Triforce est "responsable" de l'équilibre du monde, qu'elle est en quelque sorte garante de l'ordre des choses dans le monde. C'est très subtil, et c'est pour ces raisons que j'ai choisi l'expression "confier le destin" pour cette traduction, même si c'est moins littéral.

Les trois emblèmes sont évidemment les trois parties de la Triforce. En japonais, c'est le terme 紋章 (monshô) qui est utilisé, et si vous regardez dans un dictionnaire, vous ne trouverez que les termes "armoiries", ou encore "blason", qui caractérisent concrètement le symbole d'une famille royale ou un truc du genre. Cependant, tout comme pour le terme おさめさせました précédemment, il est utilisé dans un sens plus abstrait, dont les mots "emblème" ou "symbole" en français sont plus proches, c'est pourquoi j'ai choisi le mot "emblème" pour cette traduction.

Chaque partie de la Triforce est associée à une courte phrase descriptive et non d'un substantif, dont voici la version originale si ça vous intéresse : 「力を支配する者」「知恵を司る者」「勇気を鍛える者」. Il est facile pour quelqu'un n'ayant que les bases de la langue japonaise de croire que le terme répété 者 désigne pour chaque expression la personne qui sera le porteur de cette partie de la Triforce, mais ce n'est pas le cas, le texte est très clair et on parle bien de chacun des "emblèmes", chaque petit triangle qui compose la Triforce si vous préférez. C'est le seul endroit dans la série à ma connaissance où ces expressions seront utilisées, car elles seront remplacées à partir de Ocarina of Time par les termes beaucoup plus simples de "Triforce de la Force", "Triforce de la Sagesse" et "Triforce du Courage". Personnellement, je trouve les expressions de A Link to the Past bien plus stylées, mais c'est sans doute un peu dû à mon côté fanboy 😁.

Pour cette traduction, j'ai décidé d'employer le terme "Terre Sainte". "Terre Sacrée" aurait également pu marcher, mais je lui ai préféré l'adjectif "saint", car ce dernier porte une nuance de ce qui est plus proche du divin, tandis que "sacré" est défini par rapport à un objet de vénération, en opposition au "profane" ; cela étant, c'est de l'ordre du détail. Le terme original est 聖地 (seichi), ce qui fait de ma traduction une traduction littérale. La traduction officielle (dans le manuel ET in-game) est "Terre d'Or", quand bien même il n'y a pas de notion d'or dans le nom en japonais. Cela étant, la Triforce étant explicitement un artefact fait d'or, je trouve le choix de cette expression particulièrement judicieux. Dans la suite de la série, le terme "Terre d'Or" sera remplacé par le terme "Saint Royaume" dans les versions françaises.

Les trois Déesses telles que représentées dans le manuel. Notez le "Master Force", qui semble désigner la Triforce, celle-la même définie dans le texte qui la précède... Tant de termes pour désigner les mêmes choses ! 😵

La Terre Sainte

Hyrule est une contrée étroitement liée à la mythologie, au sein de laquelle subsistent de nombreux vestiges laissés par les Hyliens. C'est également ici que se transmet une vieille légende autour de la Triforce :

Descendu des cieux, réside quelque part un pouvoir d'or.
Les espoirs du premier à le toucher atteindront les dieux.

La Triforce qui brille tel un soleil dans la Terre Sainte. A titre personnel, c'est l'un des plus beaux artworks de A Link to the Past 😍

Les gens, avides de ce pouvoir d'or, se mirent à chercher la Terre Sainte dans le but d'être les premiers à la découvrir. De nombreuses informations circulaient de toutes parts : elle se situerait sous les ruines du désert, ou encore à l'intérieur des tombes des peuples des hautes montagnes ; cependant il n'y avait toujours aucune trace d'une quelconque découverte. L'aspiration devenant désir, beaucoup de sang coula pour ces informations. Les gens paisibles durent alors vivre des jours menaçants. C'est alors qu'un beau jour, peut-être complètement par hasard, l'entrée de la Terre Sainte fut ouverte par un groupe de bandits.

J'ai traduit par "peuples des hautes montagnes" le terme japonais suivant : 高山民族 (kouzan minzoku). Déjà, il est difficile de dire si c'est singulier ou pluriel, mais le contexte m'a fait préférer ce dernier car il me semblait plus naturel vu l'énumération, il n'y a pas d'insistance sur ceci ou cela. Le terme 民族 (minzoku) peut se traduire par "peuple" mais également "race" ou "ethnie". 高山 (kouzan), quant à lui, est plus simple, il est la conjonction de "haute" et "montagne", donc "haute montagne" 😅. Le seul personnage in-game hors ennemis qui pourrait correspondre à cette description est le vieux dans sa grotte dans la Montagne de la Mort, quand bien même on n'y croise pas de tombe.

Dans le manuel japonais, c'est le terme 盗賊団 (touzokudan) qui est utilisé. Si vous vous contentez de regarder dans un dictionnaire, vous verrez sans doute le mot 盗賊 (touzoku) être traduit par "voleur", mais en réalité, il désigne quelque chose de plus proche d'un "bandit" ou d'un "brigand", avec ce côté hors-la-loi qui attaque les faibles au bord des routes. C'est pourquoi j'ai préféré le terme "groupe de bandits" comparé au "gang de voleurs" de la traduction officielle.

Ce lieu était un monde différent du monde duquel ils provenaient. Au coeur du crépuscule, brillait de couleur d'or la Triforce. il se dit que les bandits bousculèrent leurs compagnons, la couleur de leur yeux changea et tous se précipitèrent vers elle. A l'issue de cette scission sanglante, seul le chef des bandits survécut. Dès lors qu'il toucha la Triforce de ses mains souillées de sang encore frais, l'esprit de l'artefact lui murmura alors :

Quelque soit l'objet de tes désirs, alors moi aussi, je le désire.

Dépassant l'espace et le temps, l'on dit que le rire aux éclats du chef des bandit résonna tel un écho même jusque dans la très lointaine Hyrule. Le nom de l'homme était Ganondorf, son surnom "Ganon le bandit maléfique". Cet instant précis marqua la naissance de celui qui menaça Hyrule, Ganon le Roi du Mal.

Ma traduction est littérale, voici la version originale si ça vous intéresse : 「汝、望むもの有らば、我もまた、それを望む。」 Le sens est évidemment quelque chose du genre "Quoique tu désires, je l'exaucerai", mais je tenais à mettre en valeur le fait que la Triforce exprime qu'elle aussi "désire" ce que désire celui qui la touche.

Le nom de famille "Dragmire", ou encore le surnom "Mandrag Ganon" et sa soi-disant traduction en "Ganon des Voleurs Enchantés" sont des ajouts de la version nord-américaine du manuel de ALTTP, repris tels quels dans la version française du manuel. Dans la notice d'origine japonaise, on lui donne un nom : ガノンドロフ, Ganondorf, sans nom de famille, et un surnom : 魔盗賊ガノン. J'ai traduit ce dernier en "Ganon le bandit maléfique" ; je ne reviens pas sur le terme "bandit" dont vous pouvez trouver l'explication dans la note précédente. Quant au "maléfique", il vient du kanji 魔 qui a donné le terme "Enchantés" de la traduction officielle. Cependant, il porte une forte nuance négative et est utilisé principalement dans des mots tels que "diable" ou "sorcière", et c'est pourquoi je lui ai préféré la traduction "maléfique".

Une troisième appellation désignant Ganon est utilisée dans le manuel japonais mais absente des manuels occidentaux, qui est celle-ci : 邪悪の王ガノン. Ma traduction est plutôt littérale, mais dans la série on a pu lui retrouver d'autres appellations provenant de la même expression, comme "Seigneur du Malin".

La Guerre du Sceau

Nul ne sait ce que Ganon, ayant obtenu le pouvoir de la Triforce, souhaita. Cependant, l'aura maléfique de Ganon déferla jusque sur la terre d'Hyrule. Les gens les plus avides furent aspirés par ce pouvoir et disparurent. Des nuages noirs recouvrirent le ciel de manière permanente, et de sinistres incidents assaillirent Hyrule l'un après l'autre. Le Roi d'Hyrule appela alors les Sept Sages qui vivaient en Hyrule ainsi que la guilde des chevaliers, et leur ordonna de sceller la source du mal.

La traduction officielle emploie la première personne à cet endroit, ce qui personnalise le narrateur. En japonais, il est possilble de construire des phrases avec verbe et sans sujet, ce qui est le cas ici en VO. Le narrateur est impersonnel, d'où ma traduction par "Nul ne sait".

Le terme utilisé dans le manuel japonais ici est 邪気 (jaki), qui n'a pas d'équivalent direct en français, mais "aura maléfique" se rapproche beaucoup de l'idée. Voyez ça comme une sorte de "mal spirituel", avec l'image d'un vent maléfique qui souffle en direction d'Hyrule.

Ici il y a une nuance que je n'ai pas réussi à exprimer en français, et j'ai donc dû trancher. En japonais, on nous parle de ハイラルに住む七人の賢者達, soit "sept sages qui vivaient en Hyrule". Or, je l'ai traduit par "les Sept Sages qui vivaient en Hyrule". La nuance vient ici du fait que "les" sept sages induit qu'il y a au total sept sages, et pas plus. Mais une autre interprétation pourrait très bien être "sept personnes parmi les sages vivant en Hyrule" (sous-entendu, il y a plus que 7 sages mais le Roi d'Hyrule n'en a appelé que sept). Les deux interprétations se valent, et c'est principalement ma connaissance du reste de la série qui m'a fait faire ce choix dans cette traduction.

Ce que j'appelle ici "guilde des chevaliers" est nommé en VF les "Chevaliers d'Hyrule". En vrai c'est quasiment la même chose, la seule nuance ici est que le terme 騎士団 (kishidan) qui est utilisé dans la V.O. est un nom commun et non un nom propre, d'où l'absence de majuscules dans ma traduction (car oui, je me pose même la question des majuscules ou non si vous voulez tout savoir 😁).

La Triforce ne différencie le bien du mal d'elle-même, pour la simple et bonne raison qu'il n'y a que les Déesses qui différencient le bien du mal. Cela étant, quiconque prend possession de la Triforce n'est pas nécessairement quelqu'un de bon. C'est pour ça que les habitants d'Hyrule ont, à la suite d'un message divin, fabriqué l'épée qui éradique le mal, qui repousse le mal s'emparant de la Triforce. Cette épée est connue sous le nom de Master Sword, et l'on disait que seul un véritable héros pourrait l'utiliser.

J'ai traduit par "les habitants d'Hyrule" et non par "les Hyliens" car c'est exactement le terme utilisé en japonais : ハイラル人 (hairaru-jin) et non ハイリア人 (hairia-jin).

A propos de "qui" a forgé l'épée et "quand", la traduction française officielle s'est complètement emmêlée les pinceaux à cet endroit, et c'est compréhensible au vu de la position de ce paragraphe ! La création de la Master Sword qui nous y est contée est un vieux récit, et "les habitants d'Hyrule" ne sont pas les habitants de la contrée actuelle attaquée par Ganon, mais des entités plus anciennnes. La Master Sword n'a donc pas été créée en réaction à l'aura maléfique de Ganon en cet instant, pas plus que sa fabrication n'a été ordonnée par le Roi d'Hyrule dont on parle dans le manuel. Cela remonte à des temps bien plus anciens, en atteste la suite du récit qui mentionne que les Sages se sont mis à chercher l'épée ; si elle avait été conçue à cette époque, on n'aurait pas eu besoin de se mettre à sa recherche !

Ce que j'ai traduit par "épée qui éradique le mal" provient de l'expression japonaise 退魔の剣 (taima no ken), régulièrement utilisée dans la série pour caractériser la Master Sword. En français, on a pu en voir plusieurs traductions au fil des épisodes, telles que "épée capable de repousser le mal" ou encore "lame purificatrice". Ou encore, "Couperet pouvant vaincre la peste du diable" dans le manuel français de ALTTP 😛.

"Master Sword" est un terme anglais mais en version japonaise c'est ce même terme, en katakana, qui est exprimé : マスターソード. La version française a pris une liberté folle qui s'est revue dans d'autres épisodes de la série tels que The Wind Waker, en la nommant "Excalibur".

Les Sept Sages ont d'abord commencé à chercher la Master Sword ainsi que le héros qui pourrait la manier. Cependant, l'aura maléfique de Ganon s'approcha rapidement du palais royal, ce qui rendit la situation critique. Les Sages et la guilde des chevaliers, poussant leurs forces jusqu'au maximum, délivrèrent un combat féroce contre les créatures maléfiques. La guilde des chevaliers, devenant des boucliers encaissant les violentes attaques, arriva malheureusement à bout de force et certains perdirent la vie, mais les le sceau des Sages fut achevé. Hyrule fut protégée de Ganon abusant du pouvoir de la Triforce, et se réjouit de la victoire qui permit de préserver la paix. Cette bataille qui fit de nombreuses victimes fut transmise à la postérité comme la "Guerre du Sceau".

Ma traduction "créatures maléfiques" provient d'un manque de vocabulaire en français ; je ne vois que deux mots qui auraient été les plus proches : "les méchants" ou "les vilains", et vu le côté épique que dégage ce moment du récit je vous avoue je ne me voyais pas utiliser ce genre de terme pour cette traduction 😅. Le terme japonais est 悪しき者, composition de 悪しき (le mal) et 者 (individu, qui ne désigne pas uniquement des humains comme on l'a vu avec la Triforce plus haut). Par conséquent, ma traduction "créature" rajoute une nuance qui n'existe pas en japonais.

Autre détail, le japonais ne possédant pas de forme pluriel, ce 悪しき者 peut être traduit par "les vilains" dans le sens "les sbires de Ganon", ou "le méchant", ce qui pourrait désigner Ganon lui-même. Cependant, in-game, la jeune fille du Palais des Marécages nous explique que Ganon n'a pas pu revenir dans le Monde de la Lumière, ce qui invalide cette possibilité. Il n'est pas précisé de quelle nature sont ces "vilains", quand bien même il est facile d'imaginer que ce sont les gens avides aspirés par l'aura maléfique de Ganon cités plus haut. Mais pour ça, je vous laisse vous faire vos propres théories !

Si l'on se tient uniquement au texte original du manuel, il est impossible de savoir si c'est l'intégralité des chevaliers de la guilde qui ont perdu la vie, ou s'il y a eu des survivants. La réponse nous est donnée in-game par la jeune fille du Palais des Gargouilles, qui précise que la lignée des chevaliers s'est presque éteinte, d'où mon choix de traduction ici.

Quand bien même la version française du manuel se base sur la traduction anglaise, ici la traduction du terme japonais 「封印戦争」 est meilleure que dans la version anglaise 😇. En effet, "Guerre du Sceau" est la traduction littérale du terme, tandis que "Imprisoning War", bien que ce ne soit pas faux au vu du contexte, apporte une nuance légèrement différente.

Les Sept Sages en train de sceller l'entrée de la Terre Sainte

Le Prêtre

Plusieurs siècles avaient passé depuis la Guerre du Sceau. Hyrule, de par la sagesse et la piété du coeur de son peuple, était paisible. Ce qui avait trait au Sceau était alors devenu une légende lointaine qui se racontait. Cependant, il y eut une année au cours de laquelle des calamités d'origine inconnue survinrent. Epidémie, sécheresse, le pouvoir de la magie n'y pouvait rien. Le Roi d'Hyrule, complètement démuni, fit inspecter le Sceau mais cela ne changea rien, et le peuple n'eut d'autre choix que de prier les déesses.

C'est alors qu'apparut de nulle part un homme, Agunimu, qui à l'aide d'une magie étrange, apaisa les calamités. Les habitants le glorifièrent en héros, et le roi, y voyant comme le retour des Sept Sages, l'invita au château en tant que prêtre. La paix était revenue en Hyrule, tout du moins c'est ce qu'il semblait. Cependant, Agunimu, qui s'était vu confier la charge du pays, commença à régner sur Hyrule à la place du roi, et se mit à utiliser cette autorité comme bon lui semblait. Dernièrement, les rumeurs négatives ne cessaient pas : "Il à l'intention de refouler le roi et de faire sien le trône", ou encore "Il s'adonne chaque nuit à des rituels louches". Hyrule était en proie à de nouvelles tensions.

En japonais, l'expression utilisée ici est 彗星のごとく現れた, ce qui signifie littéralement "apparut telle une comète". Cette expression porte la nuance d'apparaître de manière soudaine, extrêmement rapidement sans que personne ne l'ait vu venir, soit "aussi vite qu'une comète". Je n'ai malheureusement pas trouvé d'expression française qui transmet un sens équivalent, alors je me suis contenté de l'expression "apparut de nulle part".

Comme cette traduction se veut très littérale, j'ai fait le choix d'utiliser le nom propre "Agunimu" qui est la transcription de son nom japonais écrit en katakana (アグニム). Je n'ai pas trouvé de sens caché ou de jeu de mots unique à son nom original, ce qui me fait dire que le nom "Agahnim" n'est pas un problème, c'est simplement un choix personnel ici.

En V.F., Agahnim est qualifié de "sorcier", terme qui n'est jamais utilisé en V.O. Il s'agit là d'une censure, je vous renvoie à mon paragraphe sur la censure pour plus de détails.

Dans cette partie du texte, il est clair que c'est le roi qui confère le titre de "prêtre", et que ce n'est pas Agahnim qui s'est autoproclamé ainsi.

Entre nous, on est d'accord que c'est l'un des personnages les plus classes de la saga 😎

Prologue

Une belle nuit, la voix d'une jeune fille vous réveille. La voix vous parle dans votre tête :

Aidez-moi... Mon nom est Zelda... Je suis retenue captive dans le donjon du château.

Link qui se fait réveiller par la communication télépathique de Zelda

Ne sachant pas bien si c'est un rêve ou la réalité, vous vous levez en sursaut. Ce faisant, votre oncle, qui devrait être en train de dormir comme toujours, se prépare à sortir. "Je rentrerai d'ici le matin, ne sors pas de la maison." Laissant ces mots, l'oncle remua son corps massif et sortit de la maison. Dans la pénombre, vous avez aperçu dans ses mains une épée et un bouclier. Ce n'est décidément pas une nuit comme les autres. Que cherchait à communiquer la personne à l'origine de cette voix ? Et votre oncle, où, et qu'a-t-il bien pu aller faire ?

Ainsi, c'est lors de cette funeste nuit pluvieuse qu'est le point de débuter la Légende de Zelda.